La naissance de théo, 13 novembre 2015

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\ Accouchement du 13 novembre 2015
t Durée : 5 heures

 

J’ai passé une grossesse épanouissante, la meilleure des trois, je crois. Je me sens bien, je connais peu de petits maux, je fais du sport, je suis bien dans mon corps. Ma DPA est au 13 novembre, je suis persuadée que j’accoucherai avant, mais quelque part en moi, je n’ai pas envie que cette grossesse s’achève…

 

Mardi 10 novembre 2015, je vois mon SF (A.), afin de voir où en est mon col. Mou, 1 cm d’ouverture mais encore épais et postérieur. Il lui semble favorable malgré tout. Je lui fais part de ma crainte de dépasser le terme et de devoir donc renoncer à mon accouchement à domicile. Il me rassure, nous avons encore le temps que les choses se déclenchent naturellement. Et si vraiment vendredi rien n’a bougé, on tente un décollement des membranes. Je suis ok : je préfère ça qu’aller à l’hôpital pour y être déclenchée chimiquement et accoucher les quatre fers en l’air avec des gens que je n’ai jamais vus….

 

 

 

Vendredi 13 novembre 2015, jour du terme, A. m’examine et  me dit que le décollement n'est pas nécessaire, que je ne vais pas tarder à rentrer en travail car je suis quasi à 3 cm de dilatation! Il fait une petite manip malgré tout, mais il est persuadé que le travail, avec ou sans décollement, débutera au plus tard dans la soirée. Quand je pars, il me dit joyeusement : « A tout à l’heure ! ».

 

 

 

Il est 13h, en sortant de son cabinet, je vais manger un morceau (une bonne malbouffe de l’enseigne américaine bien connue, la dernière avant longtemps, me dis-je) en attendant que mon doudou vienne me récupérer, on passe à la Poste, et on rentre à la maison vers 15h. Sur le retour, j'ai quelques contractions, mais comme les jours précédents. Mon frère, à qui j'ai fait le compte-rendu de mon rdv, insiste pour prendre les enfants. Je ne suis pas très chaude au départ, je me dis "Et si le travail ne se lance pas maintenant???" Mais les contractions, toujours aussi espacées, changent d'intensité au fur et à mesure de l’après-midi. Elles font mal dans le bas du ventre surtout. J'attends mon fiston qui rentre de l’école vers 17h. Les enfants font leurs devoirs pour lundi en attendant que mon homme finisse de regarder le match et puisse les emmener chez mon frère. Tout excités, ils préparent leur sac pour la nuit et le lendemain. Ils partent vers 18h30. Je suis soulagée : je sais qu’ils passeront un bon moment chez mon frère, et moi j’ai besoin d’être au calme. A ce stade, les contractions sont à 12min d’intervalle environ. J'appelle A. avant son cours d'aquagym, pour le tenir informé, mais lui dis que je gère bien, il a le temps pour son cours, qui se termine à 20h30.

 

 

 

Mon homme rentre vers 19h15, et commence le repas. Le rythme des contractions s’accélère un peu : elles sont à 7/8 min d’intervalle. J'ai besoin de bien souffler à chacune d'elles, mais c'est très supportable. Il faut néanmoins que je reste debout. Assise, c'est insupportable. Je suis dans la cuisine avec Doudou, le comptoir me sert d’appui, et je souffle souffle souffle, tout en bougeant mon bassin. De temps en temps, mon chéri vient me masser le bas du dos. Ca ne me soulage pas vraiment, mais ça ne m’embête pas non plus alors je le laisse faire, ravie de  son implication. Vers 20h brusquement, je passe à une contraction toutes les 2-3 minutes, et ça commence à être difficile à gérer. On passe à table vers 20h30, je me dépêche  de manger, et à chaque contraction, je me lève de la chaise pour la prendre. Je commence à vocaliser pour extérioriser la douleur. J’ai peur que les voisins m’entendent : ici, tout le monde est sur sa terrasse à l’heure du dîner… J'expédie mon repas, pressée de prendre une douche, et de rentrer dans ma bulle prendre les contractions et vivre mon accouchement. Avant, j'appelle A., il comprend à ma voix qu'il faut qu'il vienne, il se tenait prêt pour le départ de toute façon. A ce stade, je pense en avoir pour quelques heures encore, et je commence à avoir un peu peur que l’intensité de la douleur augmente encore beaucoup d’ici là. Mon homme prépare le salon : il installe le matelas, le recouvre de vieux draps propres et d’alèses. Le ballon est à côté. Il ferme l’appart et met la clim à fond pour que la pièce soit bien fraîche. Pendant ce temps, je prends ma douche, enfile une petite robe très élastique et confortable, puis me  dépêche d'aller sur le matelas, à quatre pattes, appuyée sur le ballon. C'est comme ça que je supporte le mieux. J'essaie allongée sur le côté, mais ça ne passe pas, la douleur est décuplée. Malgré la douleur, et il  faut le dire, la peur d’un travail long (je m’imagine à 4 ou 5 cm de dilatation), j’essaie de me détendre, et je répète dans ma tête « Chaque contraction me rapproche de mon bébé ». Je vocalise toujours. Mon homme est génial, me sert de l'eau fraîche, éponge mon front et ma nuque à l'eau glacée, ce qui me fait un bien fou. A ce stade, je n'ai plus la notion du temps. La douleur me prend aux tripes, et je n'ai pas de répit!!!! Les contractions s'enchaînent à un rythme fou, je ne comprends pas, pour moi je suis en début de travail, comment vais-je pouvoir supporter des heures à ce rythme???

 

 

 

De 21h à 22h, je passe mon  temps dans le salon, sur le matelas, la tête dans le ballon. Chaque contraction est une torture, j'ai l'impression de crier (A. et mon homme me diront que non, c'était simplement des AAAAAAH vocalisés à l'expiration). Je ne peux répondre à aucune question que mon homme me pose. Je ne suis que douleur. Toujours la même, dans le bas-ventre, de plus en plus forte. De plus, je commence à ressentir une pression rectale, très désagréable.

 

 

 

Vers 22h, A. arrive, mon homme l'aide à monter son matos (monitoring, boîte d'accouchement, bassine, etc). Il écoute le cœur de bébé pendant la 1è contraction. C'est bon, excellent rythme cardiaque. Puis après la seconde contraction, il veut vérifier le col. Il touche et commence : "c'est pas bien...." Sa phrase reste en suspens. Je m'attends à ce qu'il dise "pas bien avancé", mais il continue : "pas bien loin de la dilatation complète, il ne reste presque plus rien, ma belle!". J'ai du mal à le croire. Il me propose de pousser pendant les contractions, mais ne ressentant pas le réflexe de poussée, je me dis que c'est trop tôt et que je vais me faire mal. Mais il insiste, et j’ai envie de lui faire confiance. Alors j'essaie, et ça soulage un peu pendant les contractions!!!! Je m'y mets donc, je pousse. A la première, il me fait toucher: je sens la poche des eaux qui descend! Il me demande si je préfère laisser faire les choses ou s'il rompt la poche. J'hésite, j'avoue préférer laisser faire les choses naturellement. Mais il me dit que ça ira plus vite s'il la perce, et ça me motive! Vite ! Que cette douleur cesse! Il la perce, et je me remets à pousser sur les contractions. Mais il se trouve que je commence à avoir très mal à l'arrière des cuisses quand je pousse, je ne peux plus rester à 4 pattes! Je me mets debout pendant la contraction suivante, appuyée contre le mur, mais c'est trop difficile. Il me propose sur le côté. Je lui dis que je n'avais pas supporté et il me dit "oui, mais c'était tout à l'heure, je pense que ce sera différent" et en effet, je me sens bien mieux allongée sur le côté, les bras étirés vers le bord supérieur du matelas pour m'étirer.

 

 

 

J’aperçois depuis quelque temps mon chéri avec son portable. Il prend des photos, il filme. Je me dis à travers la douleur, que je serai contente de revoir tout ça. La douleur m’a envahie et me met dans un état second, où je suis très instinctive, très animale, plus du tout dans le contrôle et l’analyse des choses, mais je suis consciente de vivre quelque chose de particulier, et jamais à aucun moment je ne me suis dit que je serais mieux à l’hôpital, avec une péri, pas même au plus fort des contractions. Je suis heureuse d’être à la maison, dans mon environnement, et de vivre les choses comme mon corps les sens, loin des protocoles médicaux.

 

 

 

Je continue à pousser, et soudain... soudain, je sens la fameuse brûlure.... La brûlure qui annonce que bébé est dans le vagin et qu'il arrive. Elle est insupportable, mais au moment où on décide de la dépasser et de pousser malgré elle, c'est vite fini, j’ai retenu ça de l’accouchement de mon deuxième. Alors motivée par la fin de ma souffrance, je pousse de toutes mes forces, en râlant très fort. Je sens la tête descendre ! Mais à la fin de la contraction, je la sens remonter en moi et je suis déçue ! A. me rassure : ça ne fait rien, ça prépare mes tissus en douceur. Contraction suivante : je sens de nouveau la tête descendre et sortir, cette fois-ci. A. me demande une première fois de calmer le jeu pour la tête. Tant bien que mal, je respire profondément pour tenter de diminuer le réflexe de poussée. La tête sort en douceur, puis je recommence à pousser. De nouveau je dois calmer le jeu pour l'épaule et… je sens encore ses jambes en moi que mon bébé pousse un tout  petit cri. Gros soupir de soulagement : c’est fini, je me sens bien… Je me mets sur le dos, et A. dépose mon fils sur moi, la chose la plus gluante et la plus mignonne du monde, tout petit, tout doux…

 

Il est 22h49 ce 13 novembre, et Théo est enfin parmi nous.

 

 

 

Quel bonheur d'être à la maison! Théo nous regarde son père et moi, dans la lumière tamisée du salon, et comme par hasard, des chansons de son oncle passent sur la playlist que nous avons mise.

 

 

 

Nous servons à manger à A., puis il s'occupe de l'administratif, tandis que je profite du contact avec mon fils, et le mets au sein. Ensuite il pèse Théo : 3.570 kg, et vérifie son tonus: RAS, tout va bien.

 

 

 

Ce fut une expérience magique, exactement celle que je souhaitais. Un moment intime de ma vie, partagé avec deux personnes qui avaient toute ma confiance pour m’accompagner dans ce moment physiquement animal et douloureux, mais humainement tellement intense et joyeux… Merci à eux.

 

 

 

Bienvenue Théo, mon petit amour.

 

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50 pts

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